Parent et usager |
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Parent et usager � Colloque SICE Handicap Moteur EVRY 15 octobre 2005
Chacun d'entre nous, en tant que parent, la société nous a chargés d'assurer l'éducation de l'être que nous avons procréé. Elle m'a chargé, moi parent, d'une responsabilité, celle d'éduquer un enfant pour qu'il devienne capable de s'intégrer dans la société, qu'il devienne autonome, c'est-à-dire libre de décider de ce qui sera bon pour lui, bon pour lui et pour ceux avec lesquels il vivra. Alors, de quoi faut-il que je me préoccupe en tant que parent ?Il faut que je me préoccupe de ce que mon enfant et les autres bénéficient d'un projet. Un projet qui doit recueillir l'aval des parents parce qu'ils sont responsables de l'éducation de leur enfant. Un projet qui va accompagner le développement de chaque enfant en étant ajusté au fur et à mesure de l'évolution de leurs besoins, un projet dont la pertinence sera évalué. Un projet pour chacun, en accord avec les parents, régulièrement évalué et ajusté. Les conditions de réalisation de ce projet vont dépendre de diverses conditions, que vous allons découvrir en parcourant succinctement ensemble :
La charte
Comme de coutume, c'est une belle déclaration un peu soporifique. Que pouvons-nous en retenir d'essentiel ? Droit à l'informationJ'ai le devoir de prendre connaissance de ce qu'on écrit à propos de mon enfant, éventuellement de ce qu'on écrit de sa relation avec moi, pour comprendre comment on s'occupe de lui. Mais j'ai aussi le devoir éventuel de nous protéger, lui et moi, du rappel de moments douloureux, que je ne souhaite pas raviver. J'ai quelquefois le devoir d'oublier et de nous ménager. De vivre aujourd'hui. Et je ne suis donc pas obligé de chercher nécessairement à tout savoir. Droit à la dignité, l'intégrité, le respect de la vie privéeJ'ai le devoir de veiller à ce que mon enfant soit respecté dans sa pudeur et son intimité, à ce qu'on ne parle pas de lui de façon inconsidérée, dévalorisante, apitoyée ou à la légère, s'il est un adolescent, à ce qu'on ne l'appelle pas un enfant, s'il est un adulte à ce qu'on ne l'appelle pas un jeune, un garçon ou une fille. J'ai le devoir de veiller à ce qu'il ait un coin à lui dans un internat, à ce qu'il ne soit pas constamment obligé de faire quelque chose, à ce qu'on respecte sa solitude si parfois il le souhaite, à ce qu'il trouve des temps et des espaces de liberté dans une vie en collectivité parfois contraignante. Principe du libre choix, du consentement éclairé et de la participation de la personneLibre choix J'ai le devoir de déterminer, éventuellement avec mon enfant, s'il est préférable qu'il soit accueilli dans un établissement ou suivi par un service, en étant intégré dans une école ordinaire Consentement éclairé J'ai le devoir, à travers le contrat de séjour ou document individuel de prise en charge (DIPC), de prendre tous les renseignements qui me sont nécessaires pour donner mon accord au projet de travail des professionnels. J'ai le devoir d'éclairer au mieux mon enfant sur la réponse qui va être apportée à ses besoins. Participation Je ne suis pas obligé de participer à la vie de l'établissement ou du service. Mais peut-être est-ce là un devoir civique ? Ou un devoir de solidarité à l'égard des autres familles touchées par le handicap. Et notamment une participation à l'effort développé par les familles qui m'ont précédé, et sans lesquelles l'établissement ou le service qui accueille mon enfant n'existerait pas. Un devoir de participation donc au Conseil de vie social ou au groupe d'expression, aux réunions de parents, éventuellement aux enquêtes de satisfaction. Droit à la protection, le droit à la sécurité, y compris sanitaire et alimentaire, droit à la santé et aux soinsJ'ai le devoir de veiller à la sécurité, la santé de mon enfant dans le cadre de l'établissement ou du service. Evidemment, ce n'est pas moi qui vais y veiller directement. C'est de la responsabilité des professionnels. Mais moi j'ai un devoir d'usage, car mon enfant utilise cet établissement ou ce service. Dans la mesure de mes moyens, je dois m'assurer qu'il est en sécurité et bien soigné. Je le ferais concrètement, modestement, en lisant le livret d'accueil. En demandant des explications sur certains articles du règlement de fonctionnement. Et là aussi, en participant éventuellement au Conseil de vie sociale. Droit à l'autonomieJ'ai le devoir de veiller à ce que mon enfant ne soit pas limité dans son autonomie au-delà de ce que lui impose sa déficience, à ce qu'on ne lui impose pas des règles collectives qui limitent sa liberté de déplacement de façon injustifiée. Ce droit à l'autonomie relève d'un droit fondamental qu'on a un peu tendance à oublier aujourd'hui dans nos sociétés ouvertes : c'est la liberté de circuler sur le territoire national. Nous avons oublié qu'elle n'était pas effective sous d'anciens régimes politiques. Et que ne l'est toujours pas sur notre planète pour certains. Ce droit à l'autonomie n'est simple à mettre en �uvre. Il implique un engagement exigeant de ma part. Il me conduira par exemple à participer à l'information sur le handicap auprès des personnes qui ne le connaissent pas ou mal et qui pourraient avoir des conduites de rejet, de ségrégation, d'exclusion. Ce devoir se traduira aussi par l'examen que je ferai avec les professionnels des capacités de mon enfant. Peut-il prendre les transports en commun ? Peut-il revenir à pied seul chez lui ? Peut-on l'envoyer faire seul des courses ? Peut-il partir dans un camp de vacances ? Etc. Avec les professionnels, je vais mesurer les risques encourus. J'ai donc le devoir d'être exigeant dans leur évaluation de l'autonomie de mon enfant. Mais ensuite j'ai le devoir de prendre toute ma responsabilité avec eux s'il arrive un accident à mon enfant. Un dernier principe, le principe de soutien nécessite une citation :
Dans cette phrase, il y a toute la question du rapport des parents avec leur enfant lorsqu'il est devenu un adulte. En fonction des potentialités de celui qui sera toujours leur enfant, mais qui est désormais un adulte au regard de la société, en fonction des limites imposées par sa déficience, quelle latitude de décision et d'action dois-je lui laisser après évaluation avec les professionnels qui l'accompagnent ? En quoi dois-je continuer de veiller sur lui, sans l'infantiliser, en acceptant les éventuelles divergences entre les professionnels et moi ? Question très difficile, à laquelle les dispositions relatives aux droits des usagers n'offrent pas de réponse systématique et définitive, mais simplement un cadre qui vient délimiter mes devoirs, un cadre inscrit dans les valeurs d'une société à laquelle j'appartiens et à laquelle je participe. Le livret d'accueil
J'ai le devoir de le lire attentivement pour savoir si l'établissement délivre bien les prestations qu'on m'a dit être nécessaires à mon enfant. J'ai le devoir de me demander si, derrière les mots, il y a une intention profonde, ce sourire qu'on éprouve dans un texte à quelques détails anodins, insolites, quelques mots plus émouvants que d'autres, une question qu'on a envie de poser pour en savoir plus. Règlement de fonctionnement
Voilà qui m'énonce les droits et devoirs du vivre ensemble et du faire ensemble. J'ai donc le devoir de lire attentivement ce document pour savoir s'il respecte dans ses dispositions concrètes les principes énoncés dans la charte. J'ai le devoir de prendre connaissance de mes obligations de parents à participer au processus de co-éducation que je partage avec l'établissement ou le service : les réunions auxquelles vont me convier les professionnels, l'assiduité de mon enfant, le signalement de ses retards, pour sa sécurité, les sanctions qu'il encourre s'il ne respecte pas les règles de vie. Contrat de séjour ou DIPC (Document individuel de prise en charge)
Par contre ce sur quoi je vais donner mon avis, et il sera déterminant, c'est au contrat de séjour ou DIPC. Attention, je ne vais pas discuter tous les articles du contrat de séjour. Il précise comment mon enfant va être hébergé, comment il bénéficiera de soins médicaux si nécessaire, comment il contribuera financièrement à son hébergement s'il est adulte. Ce sont des aspects soigneusement réglementés et je ne pourrais les contester que s'ils ne respectent pas les exigences de la charte, ou les faire éventuellement évoluer au travers de ma participation au Conseil de vie sociale. Conseil de vie sociale, Projet d'établissement, Démarche d'évaluationJe regroupe ces trois aspects parce qu'ils sont étroitement liés et relèvent d'un autre type d'investissement.
Le projet d'établissement, c'est la description de l'action de l'établissement, des objectifs qu'il poursuit, des moyens qu'il met en �uvre, des modalités de travail entre les personnels. C'et un outil relativement technique et l'habitude n'est pas aujourd'hui de le transmettre aux parents. A titre personnel il ne m'apportera pas grand-chose de plus qu'un livret d'accueil bien fait. Mais qu'est-ce donc que ce Conseil de vie sociale ou le Groupe d'expression qui en est l'équivalent dans les services. C'est l'instance représentative qui recueille le point de vue des différents acteurs, et plus particulièrement celui des usagers, leur point de vue sur l'accueil ou l'accompagnement de mon enfant et de ceux qui vivent avec lui. C'est une instance dans laquelle sont représentés :
C'est une instance consultative, qui ne prend donc pas de décision sur le fonctionnement de l'établissement. Mais son avis peut avoir du poids. Il et probable, notamment, que les tutelles iront regarder ses relevés de conclusion dans le cadre de la démarche d'évaluation.
J'ai le devoir de participer à l'élection du Conseil de vie sociale ou de participer directement au Groupe d'expression. C'est un devoir civique qui ne concerne pas que mon enfant mais l'ensemble des jeunes ou des adultes accueillis.
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